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Preuves convaincantes d’un échange culturel entre Néandertaliens et Homo sapiens

Illustration représentant Homo sapiens et les Néandertaliens partageant leur technologie et leurs comportements. Crédit : Efrat Bakshitz

Une étude inédite sur la grotte de Tinshemet révèle que les Néandertaliens et les Homo sapiens du Levant au Paléolithique moyen ne se contentaient pas de coexister : ils interagissaient activement, partageant leurs technologies, leurs modes de vie et leurs rites funéraires. Ces échanges ont favorisé une complexification sociale et l’émergence d’innovations comportementales, telles que les premières pratiques d’inhumation formelles et l’usage symbolique de l’ocre pour la décoration.

Ces découvertes suggèrent que les connexions humaines, plutôt que l’isolement, ont joué un rôle clé dans les avancées technologiques et culturelles, confirmant l’importance du Levant en tant que carrefour crucial de l’histoire humaine.

Artefact lithique de la grotte de Tinshemet fabriqué avec une technologie partagée par Homo sapiens et Néandertaliens. Crédit : Marion Prévost

Une découverte qui bouscule les connaissances

Les fouilles menées dans la grotte de Tinshemet, située en Israël central, transforment notre compréhension des interactions humaines durant le Paléolithique moyen au Proche-Orient. Ce site, d’une richesse archéologique et anthropologique exceptionnelle, a révélé plusieurs sépultures humaines — les premières de cette période mises au jour depuis plus de cinquante ans.

Publiée dans Nature Human Behaviour, cette étude dirigée par le professeur Yossi Zaidner (Université hébraïque de Jérusalem), le professeur Israel Hershkovitz (Université de Tel-Aviv) et la Dr Marion Prévost (Université hébraïque de Jérusalem) met en lumière des indices frappants attestant d’un partage des modes de vie et des pratiques entre Néandertaliens et Homo sapiens. Ces résultats remettent en question l’idée d’une simple coexistence et suggèrent une relation bien plus étroite qu’on ne le pensait.

L’objectif des chercheurs est de comprendre la nature des relations entre ces groupes humains : étaient-ils en compétition pour les ressources, vivaient-ils en voisins pacifiques, ou collaboraient-ils activement ?

Des échanges culturels qui ont marqué l’histoire humaine

En s’appuyant sur quatre domaines clés — la production d’outils en pierre, les stratégies de chasse, le comportement symbolique et la complexité sociale — l’étude démontre que les différents groupes humains présents dans la région (Néandertaliens, pré-Néandertaliens et Homo sapiens) entretenaient des interactions significatives.

Ces échanges ont permis une transmission des connaissances et ont conduit à une homogénéisation progressive des cultures. Selon les chercheurs, ils ont favorisé l’apparition de pratiques innovantes, notamment les premières inhumations formelles, observées en Israël il y a environ 110 000 ans, soit parmi les plus anciennes au monde.

L’un des éléments les plus marquants découverts dans la grotte de Tinshemet est l’usage étendu de pigments minéraux, en particulier de l’ocre, probablement utilisé pour la décoration corporelle. Cette pratique pourrait avoir servi à marquer des identités sociales et des distinctions entre groupes.

La grotte de Tinshemet lors des fouilles. Crédit : Yossi Zaidner

Un site funéraire structuré ?

La concentration de sépultures dans la grotte soulève une question intrigante : servait-elle de véritable cimetière ? Si tel est le cas, cela signifierait l’existence de rituels partagés et de liens communautaires forts. La présence d’objets significatifs dans les tombes — outils en pierre, ossements d’animaux, morceaux d’ocre — pourrait aussi suggérer de premières croyances en une forme d’au-delà.

Le professeur Zaidner qualifie Israël de « creuset » où différentes populations humaines se sont rencontrées, interagissant et évoluant ensemble. « Nos données montrent que les connexions humaines et les interactions entre populations ont été essentielles pour stimuler les innovations culturelles et technologiques à travers l’histoire », explique-t-il.

La Dr Prévost souligne quant à elle le rôle central de la région dans la dispersion des premiers humains. « À cette époque, l’amélioration du climat a augmenté la capacité d’accueil de la région, favorisant ainsi l’expansion démographique et l’intensification des contacts entre les différentes espèces humaines. »

Le professeur Hershkovitz ajoute que l’interconnexion des modes de vie entre ces groupes suggère des relations profondes et des stratégies d’adaptation partagées. « Ces découvertes dressent le portrait d’interactions dynamiques, marquées à la fois par la coopération et la compétition. »

Les fouilles de la grotte de Tinshemet offrent ainsi un aperçu fascinant des structures sociales, des comportements symboliques et du quotidien des premiers groupes humains. Elles révèlent une période de transformations culturelles et démographiques majeures, éclairant les dynamiques qui ont façonné le monde de nos ancêtres.

Alors que les recherches se poursuivent, la grotte de Tinshemet promet de dévoiler encore davantage de secrets sur les origines de la société humaine.

Source : Nature Human Behaviour (2025) - DOI : 10.1038/s41562-025-02110-y

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