- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
Featured post
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
![]() |
Photographies de restes démembrés et de postures funéraires. Crédit : Journal of Archaeological Science (2025). DOI : 10.1016/j.jas.2025.106184 |
Une équipe de chercheurs de l'Université de Jilin, en Chine, a mis en évidence des indices bioarchéologiques sur une fosse commune située sur le site de Bayanbulag, en Mongolie. Ce charnier contient les restes de soldats ayant participé à la guerre entre les Han et les Xiongnu. Les analyses génétiques, isotopiques et dentaires indiquent que ces individus n'étaient pas originaires de Mongolie mais provenaient du nord de la Chine.
Une guerre acharnée aux confins de l'Empire Han
Le conflit entre l'Empire Han et la confédération mongole des Xiongnu s'est déroulé à l'âge du fer, donnant lieu à de nombreuses batailles frontalières. Les archives historiques chinoises relatent en détail les campagnes militaires, les stratégies de commandement et les changements territoriaux, mais exclusivement du point de vue des Han.
Le site archéologique de Bayanbulag, identifié en 1957, n'a été fouillé en profondeur qu'à partir de 2009. Les archéologues y ont découvert une structure fortifiée, de la poterie, des outils en fer, des verrous de carreaux d'arbalète en bronze, des hallebardes en fer, des pièces de monnaie et un sceau d'argile portant l'empreinte d'un fonctionnaire Han.
Ces éléments suggèrent que le site aurait pu être érigé par l'Empire Han en 104 av. J.-C., sous le nom de Shouxiangcheng, signifiant "Fortification pour la reddition".
Une fosse commune ignorée par les archives
Les récits historiques ne mentionnent cependant pas les restes de plus de vingt squelettes démembrés découverts au fond d'une fosse funéraire. Une première analyse ostéologique en 2009 avait déjà relevé des traces de violences interpersonnelles, notamment des membres coupés et des signes d'exécution. Certains corps avaient été placés en position agenouillée, suggérant un traitement rituel ou une exécution de prisonniers.
Mais qui étaient ces individus ? L'absence de preuves directes rendait jusqu'à présent difficile l'identification des guerriers enterrés dans de telles fosses communes.
L'apport des analyses génétiques et isotopiques
Aujourd'hui, les progrès en biotechnologie permettent d'extraire de l'ADN ancien et des isotopes à partir des dents et des os, offrant un moyen de retracer l'origine géographique et les pratiques alimentaires des soldats.
Dans l'étude intitulée "Perspectives bioarchéologiques sur l'ancienne guerre Han-Xiongnu : analyses du site de Bayanbulag à l'âge du fer", publiée dans le Journal of Archaeological Science, les chercheurs ont combiné le séquençage de l'ADN ancien, l'analyse des isotopes du strontium et celle des isotopes stables du carbone afin de compléter les évaluations archéologiques et ostéologiques.
L'analyse génétique de 14 échantillons dentaires a confirmé que tous les individus étaient des hommes. Parmi eux, 11 présentaient un ADN suffisamment bien conservé pour une étude approfondie de leur ascendance. Ils se sont révélés génétiquement similaires aux populations anciennes et modernes Han du nord de la Chine.
Les haplogroupes du chromosome Y, notamment O2a2b1a1a-F8, O2a2b1a2-F114 et Q1a1a1a-M120, ont établi des liens directs avec les populations du bassin du fleuve Jaune. L'ADN mitochondrial a quant à lui montré une diversité de lignées maternelles, un trait caractéristique des Han modernes.
L'analyse des isotopes du strontium dans l'émail dentaire a confirmé que ces individus n'étaient pas originaires de Mongolie. Les valeurs relevées (±87Sr/86Sr) correspondaient davantage aux signatures isotopiques du nord de la Chine, en particulier le plateau d'Ordos et les plaines centrales.
L'analyse des isotopes du carbone a révélé une alimentation basée sur le millet et le blé, des cultures typiques des populations agricoles du nord de la Chine, contrastant avec le régime à base de viande et de produits laitiers des Xiongnu. Ces éléments suggèrent que la majorité des soldats du site de Bayanbulag étaient originaires de cette région.
Une stratégie militaire fondée sur des garnisons
Les résultats de cette étude esquissent le portrait d'une stratégie militaire Han fondée sur l'établissement de garnisons fortifiées aux frontières, plutôt que sur une occupation durable du territoire Xiongnu. Bayanbulag semble avoir été l'un de ces avant-postes, tenu par des fermiers enrôlés de force et envoyés depuis les régions rurales du nord de l'Empire Han.
Toutefois, les circonstances exactes de leur mort restent inconnues. Ont-ils péri au combat face aux Xiongnu, ont-ils été exécutés en tant que captifs, ou ont-ils été victimes de mesures disciplinaires prises par leurs propres officiers Han ? L'étude ouvre de nouvelles pistes mais laisse encore planer le mystère sur leur sort final.
Commentaires
Enregistrer un commentaire